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Le district de Castelo Branco est l’un des grands secrets de l’urbex portugais : usines lainières de Covilhã, la « Manchester portugaise », installations minières de Panasqueira, sanatoriums de la Serra da Estrela et hameaux de schiste vidés par l’émigration. Une Beira Baixa dépeuplée et incroyablement photogénique.
Le district de Castelo Branco, qui couvre la Beira Baixa et une partie de la Serra da Estrela, est l’un des territoires les plus dépeuplés du Portugal — et l’un des plus captivants pour l’exploration urbaine. On y trouve les vestiges d’une véritable industrie lainière qui a valu à Covilhã le surnom de « Manchester portugaise », un complexe minier de tungstène en partie abandonné, des sanatoriums de montagne fermés et des dizaines de hameaux de schiste vidés par l’émigration.
L’histoire industrielle du district commence tôt. Dès le XVIIIe siècle, Covilhã devient la capitale portugaise du drap grâce à ses eaux de montagne : la Real Fábrica de Panos y est fondée en 1764, et au XIXe siècle des dizaines de fábricas de lanifícios s’échelonnent le long des ribeiras de la Carpinteira et de la Goldra. La ville vit de la laine pendant deux siècles, jusqu’à la crise du textile des années 1980-1990, qui laisse des dizaines de bâtiments de production vides, accrochés à la pente — certains reconvertis en université, beaucoup laissés en l’état.
Le deuxième pilier est minier. Le couto minier de Panasqueira, exploité depuis 1896 pour le tungstène, connut son apogée pendant les deux guerres mondiales, quand le wolfram portugais était disputé par les belligérants. Si l’extraction se poursuit sur certains secteurs, plusieurs installations historiques, dont l’ancienne usine de traitement et sa digue de résidus, ont été laissées à l’abandon et forment un paysage industriel spectaculaire.
Le troisième récit est humain. Idanha-a-Nova, Penamacor, Oleiros ou Vila Velha de Ródão figurent parmi les communes les plus vieillissantes d’Europe. L’émigration vers Lisbonne, la France et l’Allemagne, à partir des années 1960, a vidé les villages de schiste des serras. À cela s’ajoutent les sanatoriums construits en altitude, dans l’air pur de la Serra da Estrela, pour soigner la tuberculose, et fermés après le recul de la maladie ; les barrages du Zêzere, dont ceux de Santa Luzia (1942) et du Cabril (1954), qui ont noyé des terres et des moulins ; et les grands incendies de forêt qui, depuis 2017, ont accéléré la désertion de certains hameaux.
Deux pôles structurent le district : Castelo Branco, chef-lieu administratif au sud, et Covilhã, capitale industrielle au pied de la Serra da Estrela.
| Ville (concelho) | Population (approx.) | Intérêt urbex |
|---|---|---|
| Castelo Branco | ≈ 52 000 hab. | Friches industrielles périphériques, casernes et bâtiments publics vides |
| Covilhã | ≈ 46 000 hab. | Le plus grand ensemble d’usines textiles abandonnées du Portugal |
| Fundão | ≈ 27 000 hab. | Accès au bassin de Panasqueira et hameaux de la Serra da Gardunha |
| Sertã | ≈ 15 000 hab. | Moulins, quintas et villages touchés par les incendies |
| Idanha-a-Nova | ≈ 8 500 hab. | Montes et fermes abandonnés des grandes plaines frontalières |
| Proença-a-Nova | ≈ 7 500 hab. | Hameaux de schiste désertés et patrimoine hydraulique |
| Belmonte | ≈ 6 500 hab. | Patrimoine ancien et bâtiments agricoles délaissés |
| Oleiros | ≈ 5 000 hab. | L’une des communes les plus dépeuplées du pays |
| Penamacor | ≈ 4 500 hab. | Bourg en forte déprise, maisons closes et ancienne caserne |
Pour l’ampleur et la facilité d’approche, ce sont les usines lainières de Covilhã qui l’emportent : on parcourt à pied les ravins de la ville, on croise cheminées, séchoirs et façades monumentales, et l’on comprend en une matinée deux siècles d’histoire industrielle, le tout depuis l’espace public. Les installations de Panasqueira offrent une expérience beaucoup plus brute et graphique, mais réclament un vrai équipement et une grande vigilance, car la mine reste active à proximité. Enfin, les sanatoriums de la Serra da Estrela séduiront ceux qui aiment les ambiances brumeuses et l’isolement, à condition d’être à l’aise avec la montagne et une météo capricieuse.
Notre carte urbex est le moyen le plus rapide de repérer les lieux abandonnés déjà documentés au Portugal. Ensuite, exploitez les ressources locales : les inventaires du patrimoine industriel de Covilhã cartographient chaque ancienne fabrique de laine ; les études sur le couto minier de Panasqueira décrivent précisément les installations désaffectées ; les recensements paroissiaux révèlent les hameaux tombés à zéro habitant. La presse régionale suit les projets de réhabilitation et les ventes de bâtiments. Le repérage satellite fait le reste : dans les serras, un groupe de toitures effondrées au bout d’une piste, ou une longue halle sans voitures au bord d’une ribeira, sont des pistes fiables.