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Mirapolis, le parc abandonné de Cergy qui va renaître en parc Dragon Ball

Photo de profil de l'auteurLéo
25/08/2026
10 min de lecture
Le 24 août 2026, l’Élysée a officialisé la construction de trois parcs à thème sur le site de l’ancien Mirapolis, dans le Val d’Oise. L’un d’eux sera consacré à Dragon Ball. Six milliards d’euros, 22 000 emplois annoncés, un fonds souverain saoudien aux commandes. Ce que personne ne rappelle : le parc qui pourrissait là depuis trente ans avait lui aussi été payé par de l’argent saoudien.
nouveau parc Dragon Ball a la place de Mirapolis
Sommaire

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Un géant de 35 mètres dynamité sur le plateau du Vexin

Fin août 1995, une équipe pose des charges explosives au pied d’une statue de 35 mètres de haut, à Courdimanche.

Le personnage s’appelle Gargantua. Il est assis, un verre dans une main, un rôti dans l’autre. Une de ses mains est cassée depuis des années et pend dans le vide. La statue est creuse : les visiteurs montaient à l’intérieur, on visitait son ventre. Depuis 1987, elle domine tout le plateau du Vexin et se voit à des kilomètres.

La ville de Chinon, patrie d’adoption de Rabelais, avait envisagé de la racheter. Elle a renoncé devant le devis : démonter, transporter, remonter. Alors on l’a fait sauter sur place. La charge explose à la base, le colosse s’écroule, la tête est achevée le lendemain.

C’est la dernière image de Mirapolis. Après ça, il ne reste plus que des portails ornés de têtes d’éléphants, un bâtiment de béton à l’entrée, une ancienne boutique, un kiosque et un mur. Puis de la ronce, pendant trente ans.

Le rêve d’une architecte et l’argent d’un milliardaire saoudien

Tout commence par un voyage. En 1982, l’architecte Anne Fourcade part aux États-Unis et découvre les parcs à thème américains. Elle rentre avec une idée simple et démesurée : faire la même chose en France, mais avec la matière première française. Pas Mickey, mais Rabelais, La Fontaine, Dame Tartine.

Le projet séduit Gaith Pharaon, homme d’affaires saoudien, qui en finance la construction. Le tour de table est international. La Banque arabe internationale d’investissement structure les capitaux du groupe Pharaon, aux côtés d’investisseurs néerlandais, indiens et marocains. Côté français, on trouve la Caisse des dépôts, la Compagnie générale des eaux, le Club Med et Jean Lefebvre, complétés par des emprunts bancaires, notamment auprès du Crédit national.

Les 55 hectares sont achetés 26 millions de francs à la commune de Courdimanche. Le budget grimpe de 400 à 500 millions de francs entre les premières annonces et l’ouverture. Sur le papier, le parc affiche 35 hectares aménagés, 20 hectares de parking pour six mille voitures et trois cents autocars, une capacité de trente mille visiteurs par jour, une vingtaine d’attractions, treize boutiques et trois mille couverts. Il est même question de l’étendre à plus de 90 hectares sur les terrains situés derrière Gargantua.

Le 20 mai 1987, Jacques Chirac, alors Premier ministre, inaugure Mirapolis. Le grand public entre le lendemain. Le Futuroscope ouvre la même année, le Parc Astérix deux ans plus tard, Disneyland Paris cinq ans plus tard. Mirapolis est le premier grand parc à thème français.

Il est aussi vendu comme le premier parc au monde relié par métro à une capitale. C’est faux, et c’est le début des ennuis.

21 mai 1987 : 300 tickets vendus le lendemain de l’ouverture

Dès le premier jour d’ouverture au public, des forains manifestent devant les grilles, barres de fer à la main. Ils voient dans ce parc une concurrence déloyale. Les affrontements sont filmés et diffusés partout.

Le lendemain, Mirapolis vend trois cents tickets.

Le harcèlement continue les semaines suivantes : faux billets mis en circulation, attractions saccagées, clous répandus sur le parking. S’y ajoute un été 1987 catastrophique sur le plan météo, détail qui paraît anecdotique et qui ne l’est pas du tout pour un parc ouvert cinq mois par an sous le ciel francilien.

Reste le transport. La promesse du parc relié par métro ne se concrétise qu’en mai 1988, un an après l’ouverture, quand le RER A dessert enfin Cergy Saint Christophe. Et encore faut il prendre une navette pour finir le trajet. Le directeur général évoquait un monorail vers la gare de Cergy le Haut. Cette gare ouvrira en août 1994, soit trois ans après la fermeture du parc.

Pourquoi Mirapolis a fermé en 1991

Les chiffres de fréquentation varient selon les sources, entre 400 000 et 600 000 visiteurs par an. L’objectif annoncé était de deux à deux millions et demi. À titre de comparaison, le Futuroscope, ouvert la même année, atteint le million d’entrées en 1991.

Les pertes s’accumulent et dépassent les 350 millions de francs. La gestion passe de main en main comme un objet trop chaud. Le Club Med reprend, puis un groupement de forains mené par Marcel Campion, puis la société Cergy Parc avec le Crédit national aux commandes. L’investisseur qui devait accompagner Campion se rétracte.

Sur place, la dégradation devient visible. Un reportage de la saison 1990 décrit un parc qui se délite : Gargantua qui n’ouvre pas avant treize heures, grille à moitié baissée comme un magasin, attractions dont la révision est repoussée à la fin de la saison.

Le coup de grâce est administratif. En septembre 1991, le gouvernement d’Édith Cresson classe le site en zone de loisirs, inconstructible aux deux tiers. Toute extension devient impossible et le parc perd jusqu’à son avenir théorique.

Mirapolis ferme définitivement le 20 octobre 1991, après cinq saisons d’exploitation.

Où sont passées les attractions de Mirapolis

Ce qui suit est un dépeçage méthodique. Les installations sont démontées en trois mois et vendues aux Pays Bas, en Allemagne et en Belgique. Le parc berlinois Spreepark rafle treize attractions, la majorité du lot. L’attraction des pirates part chez Meli Park, qui deviendra Plopsaland.

La suite est encore plus improbable que le début. Spreepark fait faillite en 2001. Son propriétaire part au Pérou avec certaines attractions pour y monter un nouveau parc. Il est arrêté après la découverte, en 2003, de 167 kilos de cocaïne dissimulés dans le mât d’un manège de type tapis volant.

Des morceaux de Mirapolis ont donc fini en cavale, puis en prison.

À Courdimanche, il ne reste plus rien à vendre. Un permis de démolir est délivré en octobre 1993 pour les derniers bâtiments. En 1994, la voirie est redessinée : le rond point de l’entrée devient un vrai rond point et les deux sections principales du parking deviennent une route. Elle porte encore aujourd’hui un nom qui ne décrit plus rien, le boulevard des Merveilles.

En 1995, Gargantua saute.

Ce qu’il reste du site aujourd’hui

Depuis, le terrain est clôturé, surveillé et pillé quand même. Il a été occupé, traversé, photographié. Un projet de village éco nature a été porté par le groupe UXCO, devenu propriétaire du foncier en 2019. Il n’a jamais abouti.

Pour les explorateurs, Mirapolis est une friche frustrante. La légende est immense, les vestiges sont maigres. Pas de couloirs d’hôpital, pas de salle des machines. Des portails, du béton, un mur, et surtout un terrain vague sur lequel il faut projeter mentalement un géant de trente cinq mètres.

C’est peut être ce qui a maintenu le mythe vivant. Il n’y a presque rien à voir, donc tout à imaginer. Des collectionneurs conservent les cartes de membre, les fanions et les objets promotionnels d’époque. Des documentaires sont sortis. La friche a mieux survécu comme fantôme que comme ruine.

Le projet de parc Dragon Ball à Cergy-Pontoise

Le lundi 24 août 2026, en marge de la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Paris, l’Élysée officialise un projet évoqué depuis plusieurs semaines.

Il ne s’agit pas d’un parc mais de trois, sur le site de l’ancien Mirapolis. L’un sera intégralement consacré à Dragon Ball. Les thèmes des deux autres n’ont pas été précisés. Ils seront construits et ouverts successivement, sur un chantier étalé sur plusieurs années.

Les chiffres annoncés donnent le vertige : six milliards d’euros d’investissement et 22 000 emplois. Le porteur du projet est Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund. Emmanuel Macron promet une destination mondiale et une ampleur inédite depuis Disneyland Paris.

L’origine du dossier a quelque chose de romanesque. Selon une conseillère de l’Élysée citée par l’AFP, tout serait né d’une discussion à Riyad en décembre 2024, quand le président français et le prince héritier ont découvert une passion commune pour les mangas, et pour Dragon Ball Z en particulier. Valérie Pécresse a précisé que la région Île de France travaillait sur le dossier depuis dix huit mois.

Ce que l’annonce ne dit pas

Trois réserves méritent d’être posées.

Rien n’est signé. À ce stade, il s’agit d’un protocole d’accord permettant à Qiddiya d’étudier le développement de cette destination en France. Aucune pelleteuse n’est sur le terrain.

Le calendrier reste flou. Les spécialistes du secteur estiment qu’un projet de cette taille demande cinq à six ans de chantier, ce qui place l’ouverture autour de 2030 ou 2032. Aucune date officielle n’a été communiquée.

Le projet passe mal localement. Dès août 2026, des élus du Val d’Oise s’élevaient contre un dossier perçu comme descendu de l’Élysée sans concertation préalable avec les habitants et les communes voisines. La desserte du site reste par ailleurs l’une des principales inconnues.

Mirapolis et Dragon Ball : la même histoire à 35 ans d’écart

C’est là que l’histoire devient vertigineuse.

Mirapolis a été bâti avec de l’argent saoudien, sur un terrain acheté à Courdimanche, en promettant un accès en transport en commun qui est arrivé un an trop tard. Le parc est mort de ça, entre autres.

Trente cinq ans plus tard, sur les mêmes 55 hectares, l’argent saoudien revient, cette fois sous la forme d’un fonds souverain plutôt que d’un investisseur privé, avec un projet vingt fois plus gros. Et la principale question ouverte est à nouveau celle de la desserte.

Gargantua a veillé sur le plateau du Vexin de 1987 à 1995. Si le projet aboutit, c’est une silhouette japonaise qui prendra sa place sur la ligne d’horizon de Courdimanche.

Le géant de Rabelais a été dynamité parce que personne ne voulait payer son déménagement. On se demande ce qu’aurait coûté, finalement, de le laisser debout.

Peut-on visiter le site de Mirapolis ?

Non, et il faut le dire clairement.

Le terrain est une propriété privée, clôturée, surveillée et partiellement occupée. Il n’y a d’ailleurs presque rien à y voir. Les vestiges visibles depuis les abords, essentiellement les portails et le bâti d’entrée, constituent la quasi totalité de ce qui subsiste, et ils se photographient très bien depuis l’espace public.

En revanche, si le chantier démarre, ces derniers fragments disparaîtront. Ce qui reste de Mirapolis a survécu trente cinq ans à sa propre mort. Il ne survivra probablement pas aux six milliards qui arrivent. Les archives, les photos d’époque et les objets conservés par les collectionneurs deviendront alors la seule trace d’un parc dont il ne restait déjà presque plus rien.

Sources

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