4,8 | 5

3
3

Urbex La Rioja

Derrière ses vignobles célèbres, La Rioja cache une montagne entièrement désertée : des dizaines de villages abandonnés dans les sierras entre 1950 et 1970, dont l’emblématique Turruncún, mais aussi des gares fermées, d’anciens balnearios et des bodegas oubliées. Un urbex rural, discret et profondément émouvant.

Alcanadre (26509)
maison-abandonnee-alcanadre-1.webp
Maison abandonnée
2,69 €

Plus petite communauté autonome d’Espagne continentale, La Rioja est surtout connue pour ses vignobles. Mais dès que l’on quitte la vallée de l’Èbre pour les sierras du sud, le paysage change du tout au tout : on entre dans une Espagne vidée, où des dizaines de villages ont été abandonnés entre les années 1950 et 1970. Maisons de pierre effondrées, écoles closes, églises sans toit, anciennes voies ferrées et caves creusées à flanc de coteau font de la région un terrain d’exploration urbaine aussi discret qu’attachant.

Une région vidée par la montagne, relancée par le vin

Le contraste riojan est saisissant. Au nord, la Rioja Alta et la vallée de l’Èbre prospèrent grâce au vin depuis la fin du XIXe siècle, quand le phylloxéra ravage les vignobles français et pousse les négociants bordelais à s’installer autour de Haro. La ville se dote d’un quartier de la gare bordé de grandes bodegas, et la région devient une puissance viticole.

Au sud, c’est l’inverse. Les sierras de Cameros, de la Demanda et du Rioja Baja vivaient d’un élevage ovin transhumant et d’une agriculture de subsistance. À partir des années 1950-1970, l’exode rural vide littéralement la montagne : les habitants partent vers Logroño, Bilbao, Saragosse ou Barcelone. Des villages entiers ferment leur école, puis leur église, puis leurs portes. La Rioja compte ainsi plusieurs dizaines de pueblos deshabitados, dont le plus emblématique est Turruncún, abandonné dans les années 1960, ou encore Peroblasco et les hameaux de la vallée du Cidacos.

D’autres abandons complètent le tableau. Le chemin de fer Haro-Ezcaray, ouvert au début du XXe siècle pour desservir la vallée de l’Oja, ferme en 1964 : ses gares et ses ouvrages jalonnent aujourd’hui une voie verte. Les anciens établissements thermaux du Rioja Baja, très fréquentés à la Belle Époque, ont fermé les uns après les autres. Enfin, les industries traditionnelles — la chaussure à Arnedo, le textile et la conserve à Nájera et Calahorra — ont laissé des ateliers et des entrepôts vides au bord des routes.

Types de lieux abandonnés en Rioja

  • Villages abandonnés des sierras : la grande spécialité locale, avec des noyaux complets vidés en une génération.
  • Bergeries et cabanes de transhumance : constructions de pierre sèche disséminées sur les hauteurs.
  • Bodegas et calados : caves souterraines creusées sous les villages viticoles, parfois oubliées.
  • Anciennes gares et infrastructures ferroviaires : vestiges de la ligne fermée de la vallée de l’Oja.
  • Établissements thermaux : balnearios fermés du Rioja Baja et bâtiments de cure délaissés.
  • Ateliers et usines : chaussure, conserve et textile, en périphérie des villes de la vallée.
  • Ermitages et monastères ruraux : patrimoine religieux isolé, sans usage ni entretien.
  • Bâtiments agricoles : moulins, séchoirs et granges désaffectés le long des vallées.

Les spots urbex emblématiques de La Rioja

1. Turruncún, le village fantôme de la sierra

  • Description : accroché à un versant du Rioja Baja, non loin d’Arnedillo, ce bourg abandonné dans les années 1960 a conservé le tracé de ses rues, ses maisons de pierre à demi effondrées et son église. C’est le pueblo deshabitado le plus connu de la communauté.
  • Conseils : accès par piste et courte marche. Les murs sont instables et les planchers ont disparu : restez à l’extérieur des bâtiments et surveillez les caves ouvertes sous les décombres.

2. Les hameaux abandonnés des vallées du Cidacos et du Leza

  • Description : entre Peroblasco, Torremuña et d’autres noyaux minuscules, ces vallées de la sierra concentrent plusieurs villages vidés au même moment. Certains ne comptent plus qu’une poignée de maisons debout, envahies par les ronces et les amandiers.
  • Conseils : routes étroites, réseau téléphonique aléatoire, chaleur intense l’été. Partez tôt, emportez de l’eau et prévenez toujours quelqu’un de votre itinéraire.

3. Les gares de l’ancienne ligne de la vallée de l’Oja

  • Description : de Haro à Ezcaray, la voie fermée en 1964 a laissé bâtiments de gare, quais, ponts et remblais. Le tracé a été reconverti en voie verte, ce qui permet de découvrir tout ce patrimoine à pied ou à vélo.
  • Conseils : itinéraire facile et parfaitement légal sur la voie verte. Les bâtiments eux-mêmes sont privés ou communaux : photographiez de l’extérieur, sans franchir de clôture.

4. Les anciens balnearios du Rioja Baja

  • Description : dans les vallées thermales du sud-est, plusieurs établissements de bains construits au XIXe siècle ont cessé toute activité. Certains conservent leurs galeries, leurs baignoires et leurs salons, dans un état d’abandon très photogénique.
  • Conseils : le statut de ces bâtiments évolue régulièrement, entre projets de réhabilitation et mises en vente. Renseignez-vous localement avant de vous déplacer et n’entrez jamais par effraction.

Les plus grandes villes de La Rioja

Avec un peu plus de 320 000 habitants pour toute la communauté, La Rioja est un petit territoire : la moitié de la population vit à Logroño, ce qui laisse un arrière-pays extrêmement peu peuplé.

VillePopulation (approx.)Intérêt urbex
Logroño≈ 150 000 hab.Friches industrielles périphériques, anciennes casernes et entrepôts
Calahorra≈ 24 000 hab.Conserveries désaffectées et bâtiments agricoles du Rioja Baja
Arnedo≈ 15 000 hab.Ateliers de chaussure vides et accès aux villages abandonnés
Haro≈ 11 000 hab.Quartier de la gare, bodegas anciennes et ligne ferroviaire fermée
Lardero≈ 11 000 hab.Zones artisanales et bâtiments périurbains délaissés
Alfaro≈ 9 500 hab.Silos, entrepôts agricoles et patrimoine industriel de l’Èbre
Nájera≈ 8 500 hab.Anciennes usines textiles et patrimoine monastique
Villamediana de Iregua≈ 8 000 hab.Porte de la vallée de l’Iregua et de la sierra de Cameros
Santo Domingo de la Calzada≈ 6 500 hab.Bâtiments anciens du chemin de Saint-Jacques et fermes désertées

Quel est le meilleur spot urbex de La Rioja ?

Pour une découverte facile et totalement sereine, la voie verte de l’ancienne ligne Haro-Ezcaray est imbattable : quelques heures de marche ou de vélo suffisent pour croiser gares, quais et ponts abandonnés, sans le moindre risque ni la moindre ambiguïté légale. Si vous cherchez la véritable atmosphère de village fantôme, Turruncún est le choix évident : c’est le site le plus complet et le plus impressionnant de la communauté, à condition d’accepter une piste, une marche d’approche et des ruines réellement instables. Les explorateurs plus curieux préféreront écumer les hameaux des vallées du Cidacos et du Leza, moins spectaculaires un par un, mais qui offrent l’expérience rare d’une montagne entièrement désertée.

Comment trouver des adresses urbex en Rioja ?

Le point de départ le plus rapide reste notre carte urbex, qui répertorie les lieux abandonnés documentés en Espagne. Ensuite, laissez parler les chiffres : les recensements successifs, disponibles commune par commune, montrent en quelques minutes quels noyaux sont passés de deux cents habitants à zéro entre 1950 et 1980. Les cartes topographiques anciennes conservent les noms de ces hameaux disparus, souvent absents des cartes actuelles. Les associations riojanes de sauvegarde des villages abandonnés publient des inventaires détaillés et organisent parfois des sorties. La presse régionale suit les projets de réhabilitation des balnearios et des anciennes usines. Terminez par un repérage satellite dans les sierras : un damier de murs sans toiture au bout d’une piste ne trompe jamais.

Explorer autour de La Rioja

Explorer autour de La Rioja