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Derrière ses vignobles célèbres, La Rioja cache une montagne entièrement désertée : des dizaines de villages abandonnés dans les sierras entre 1950 et 1970, dont l’emblématique Turruncún, mais aussi des gares fermées, d’anciens balnearios et des bodegas oubliées. Un urbex rural, discret et profondément émouvant.
Plus petite communauté autonome d’Espagne continentale, La Rioja est surtout connue pour ses vignobles. Mais dès que l’on quitte la vallée de l’Èbre pour les sierras du sud, le paysage change du tout au tout : on entre dans une Espagne vidée, où des dizaines de villages ont été abandonnés entre les années 1950 et 1970. Maisons de pierre effondrées, écoles closes, églises sans toit, anciennes voies ferrées et caves creusées à flanc de coteau font de la région un terrain d’exploration urbaine aussi discret qu’attachant.
Le contraste riojan est saisissant. Au nord, la Rioja Alta et la vallée de l’Èbre prospèrent grâce au vin depuis la fin du XIXe siècle, quand le phylloxéra ravage les vignobles français et pousse les négociants bordelais à s’installer autour de Haro. La ville se dote d’un quartier de la gare bordé de grandes bodegas, et la région devient une puissance viticole.
Au sud, c’est l’inverse. Les sierras de Cameros, de la Demanda et du Rioja Baja vivaient d’un élevage ovin transhumant et d’une agriculture de subsistance. À partir des années 1950-1970, l’exode rural vide littéralement la montagne : les habitants partent vers Logroño, Bilbao, Saragosse ou Barcelone. Des villages entiers ferment leur école, puis leur église, puis leurs portes. La Rioja compte ainsi plusieurs dizaines de pueblos deshabitados, dont le plus emblématique est Turruncún, abandonné dans les années 1960, ou encore Peroblasco et les hameaux de la vallée du Cidacos.
D’autres abandons complètent le tableau. Le chemin de fer Haro-Ezcaray, ouvert au début du XXe siècle pour desservir la vallée de l’Oja, ferme en 1964 : ses gares et ses ouvrages jalonnent aujourd’hui une voie verte. Les anciens établissements thermaux du Rioja Baja, très fréquentés à la Belle Époque, ont fermé les uns après les autres. Enfin, les industries traditionnelles — la chaussure à Arnedo, le textile et la conserve à Nájera et Calahorra — ont laissé des ateliers et des entrepôts vides au bord des routes.
Avec un peu plus de 320 000 habitants pour toute la communauté, La Rioja est un petit territoire : la moitié de la population vit à Logroño, ce qui laisse un arrière-pays extrêmement peu peuplé.
| Ville | Population (approx.) | Intérêt urbex |
|---|---|---|
| Logroño | ≈ 150 000 hab. | Friches industrielles périphériques, anciennes casernes et entrepôts |
| Calahorra | ≈ 24 000 hab. | Conserveries désaffectées et bâtiments agricoles du Rioja Baja |
| Arnedo | ≈ 15 000 hab. | Ateliers de chaussure vides et accès aux villages abandonnés |
| Haro | ≈ 11 000 hab. | Quartier de la gare, bodegas anciennes et ligne ferroviaire fermée |
| Lardero | ≈ 11 000 hab. | Zones artisanales et bâtiments périurbains délaissés |
| Alfaro | ≈ 9 500 hab. | Silos, entrepôts agricoles et patrimoine industriel de l’Èbre |
| Nájera | ≈ 8 500 hab. | Anciennes usines textiles et patrimoine monastique |
| Villamediana de Iregua | ≈ 8 000 hab. | Porte de la vallée de l’Iregua et de la sierra de Cameros |
| Santo Domingo de la Calzada | ≈ 6 500 hab. | Bâtiments anciens du chemin de Saint-Jacques et fermes désertées |
Pour une découverte facile et totalement sereine, la voie verte de l’ancienne ligne Haro-Ezcaray est imbattable : quelques heures de marche ou de vélo suffisent pour croiser gares, quais et ponts abandonnés, sans le moindre risque ni la moindre ambiguïté légale. Si vous cherchez la véritable atmosphère de village fantôme, Turruncún est le choix évident : c’est le site le plus complet et le plus impressionnant de la communauté, à condition d’accepter une piste, une marche d’approche et des ruines réellement instables. Les explorateurs plus curieux préféreront écumer les hameaux des vallées du Cidacos et du Leza, moins spectaculaires un par un, mais qui offrent l’expérience rare d’une montagne entièrement désertée.
Le point de départ le plus rapide reste notre carte urbex, qui répertorie les lieux abandonnés documentés en Espagne. Ensuite, laissez parler les chiffres : les recensements successifs, disponibles commune par commune, montrent en quelques minutes quels noyaux sont passés de deux cents habitants à zéro entre 1950 et 1980. Les cartes topographiques anciennes conservent les noms de ces hameaux disparus, souvent absents des cartes actuelles. Les associations riojanes de sauvegarde des villages abandonnés publient des inventaires détaillés et organisent parfois des sorties. La presse régionale suit les projets de réhabilitation des balnearios et des anciennes usines. Terminez par un repérage satellite dans les sierras : un damier de murs sans toiture au bout d’une piste ne trompe jamais.