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Le haut plateau de la Vysočina cache 25 kilomètres de galeries sous Jihlava, la dernière mine d’uranium d’Europe centrale fermée en 2017, et des centaines de fermes coopératives abandonnées depuis la fin du régime socialiste. Une région d’urbex discrète, loin des spots surexploités, où presque tout reste à documenter !
Coincée entre la Bohême et la Moravie, la région de la Vysočina passe souvent pour une simple étape sur l’autoroute Prague-Brno. C’est une erreur. Ce haut plateau de forêts et d’étangs cache l’un des plus longs réseaux souterrains de Tchéquie sous Jihlava, la dernière mine d’uranium d’Europe centrale, des dizaines de fermes collectives à l’abandon depuis la fin des coopératives socialistes, et un chapelet de manoirs oubliés. Ici, l’exploration urbaine se pratique loin des foules : peu de spots médiatisés, beaucoup de découvertes personnelles.
Tout commence par le métal. Au XIIIe siècle, la découverte de filons d’argent transforme Jihlava en l’une des villes les plus riches du royaume de Bohême ; le droit minier de Jihlava, codifié vers 1249, servira de référence dans toute l’Europe centrale. Des siècles d’extraction ont creusé sous la ville un labyrinthe d’environ 25 kilomètres de galeries, le deuxième réseau souterrain du pays, dont une portion est célèbre pour ses parois phosphorescentes.
Le second âge est celui de l’atome. À Dolní Rožínka, dans le nord-est de la région, l’uranium a été extrait des décennies durant : la mine, ultime survivante de l’industrie uranifère d’Europe centrale, n’a cessé sa production qu’en 2017. Autour, des installations techniques, des cités et des voies de service marquent encore le paysage. Le troisième âge, enfin, est agricole et industriel : l’économie planifiée a couvert le plateau d’immenses fermes coopératives, d’étables en béton et de silos, tandis que Jihlava tissait du drap, Třebíč fabriquait des chaussures et Žďár nad Sázavou coulait de l’acier. La liquidation des coopératives après 1989 et les faillites industrielles des années 1990 ont laissé tout cela sur place, souvent sans repreneur.
Sans grande métropole, la région s’explore ville moyenne par ville moyenne : chacune a son ancienne usine, sa gare et sa couronne de bâtiments agricoles.
| Ville | Population (approx.) | Intérêt urbex |
|---|---|---|
| Jihlava | ≈ 53 000 hab. | Réseau souterrain historique, friches textiles, emprises ferroviaires |
| Třebíč | ≈ 35 000 hab. | Anciens ateliers de chaussures, entrepôts et bâtiments industriels |
| Havlíčkův Brod | ≈ 23 000 hab. | Brasserie, halles et vestiges de l’ancienne activité minière |
| Žďár nad Sázavou | ≈ 20 000 hab. | Héritage métallurgique et proximité du secteur uranifère |
| Pelhřimov | ≈ 16 000 hab. | Coopératives agricoles et petites usines de la campagne environnante |
| Velké Meziříčí | ≈ 11 500 hab. | Moulins, scieries et bâtiments agricoles abandonnés |
| Humpolec | ≈ 11 000 hab. | Anciennes filatures de drap et hangars coopératifs |
| Nové Město na Moravě | ≈ 10 000 hab. | Bâtisses rurales délaissées et petits sites industriels |
Trois profils, trois réponses. Pour découvrir la région sans prendre de risque, les souterrains de Jihlava s’imposent : parcours aménagé, guide, atmosphère minérale et une galerie phosphorescente qui vaut à elle seule le détour. Pour les amateurs de décors bruts, ce sont les fermes coopératives du plateau qui offrent le meilleur rapport effort/résultat : elles sont partout, personne ne les photographie, et elles racontent mieux que n’importe quel musée la fin de l’agriculture socialiste. Enfin, le secteur minier de Rožná est le plus impressionnant sur le plan paysager, mais reste sensible : on l’observe de loin, sans jamais franchir une limite.
Ici, la recherche documentaire fait la différence. Ouvrez d’abord notre carte urbex pour situer les sites déjà documentés, puis passez aux outils tchèques : les cartes militaires historiques et les cadastres anciens, largement numérisés, révèlent moulins, scieries, briqueteries et puits disparus des cartes actuelles. Les archives des coopératives agricoles et la presse régionale signalent les bâtiments vendus, désaffectés ou promis à la démolition. Le repérage satellite est particulièrement efficace sur un plateau dégagé : les grandes toitures rectangulaires isolées en lisière de village sont presque toujours d’anciennes étables collectives. Terminez par un tour en voiture et un échange avec les collectifs d’explorateurs de Jihlava.