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Halles industrielles à perte de vue, galeries médiévales sous la vieille ville, bassin houiller éteint, villages rasés de la Šumava et camp militaire de Brdy rendu au public en 2016 : le kraj de Plzeň concentre un siècle et demi d’histoire tchèque à explorer. Lampe frontale et bonnes chaussures obligatoires !
Une ville-usine, un bassin houiller oublié, une forêt frontalière vidée par le rideau de fer et un ancien camp militaire grand comme un département : le kraj de Plzeň est probablement la région tchèque où l’histoire du XXe siècle se lit le plus directement sur le terrain. Plzeň elle-même vit depuis 1869 à l’ombre d’un géant industriel dont les halles s’étendent sur des kilomètres, et son sous-sol abrite un réseau de galeries creusées dès le XIVe siècle. Autour, la Šumava et les hauteurs de Brdy conservent les traces d’une Tchécoslovaquie militarisée. Un terrain d’exploration urbaine aussi vaste que varié.
En 1869, l’ingénieur Emil Škoda rachète les ateliers mécaniques de Plzeň et en fait, en une génération, l’un des principaux complexes d’armement et de machines de la monarchie austro-hongroise. L’usine survit à deux guerres — elle est lourdement bombardée en avril 1945 — puis à quarante ans de planification, avant d’être démantelée et redimensionnée après 1990. Sur le terrain, cela signifie des dizaines d’hectares de halles industrielles, de ponts roulants et de voies ferrées internes, dont une partie a été reconvertie et une autre laissée en l’état. À quelques rues de là, la brasserie fondée en 1842 et les galeries souterraines historiques — une vingtaine de kilomètres de caves et de couloirs médiévaux — racontent une autre histoire de la ville, plus ancienne et plus secrète.
Autour de Plzeň, le charbon a longtemps rythmé la vie des villages : le bassin houiller de Nýřany, Zbůch et Radnice a fourni la région pendant plus d’un siècle avant de fermer ses derniers puits. Enfin, la frontière bavaroise a tout figé. Après la fermeture du rideau de fer en 1948, des villages entiers de la Šumava, situés dans la zone interdite, ont été rasés ou laissés à l’abandon jusqu’en 1989 ; plus au nord, le camp militaire de Brdy, créé en 1927 et supprimé seulement le 1er janvier 2016, a soustrait au public un massif entier pendant près de quatre-vingt-dix ans.
| Ville | Population (approx.) | Intérêt urbex |
|---|---|---|
| Plzeň | ≈ 185 000 hab. | Emprises industrielles, souterrains historiques, anciens bains et ateliers |
| Klatovy | ≈ 22 000 hab. | Catacombes historiques, casemates frontalières, bâtiments militaires |
| Rokycany | ≈ 14 000 hab. | Sidérurgie ancienne, portes du massif de Brdy |
| Tachov | ≈ 13 000 hab. | Zone frontalière, casernes et villages vidés après 1948 |
| Domažlice | ≈ 11 000 hab. | Ligne de blockhaus de 1938 face à la Bavière |
| Sušice | ≈ 11 000 hab. | Anciennes allumetteries et industries de la Šumava |
| Nýřany | ≈ 7 000 hab. | Cœur de l’ancien bassin houiller de Plzeň |
| Stříbro | ≈ 7 500 hab. | Anciennes mines de plomb et d’argent, patrimoine minier médiéval |
Pour une première journée, l’ancien camp militaire de Brdy est le meilleur choix : ouvert au public depuis 2016, il offre des décors militaires abandonnés spectaculaires tout en restant parfaitement légal, à condition de ne pas quitter les sentiers. Les amateurs de patrimoine industriel viseront plutôt les emprises de Plzeň, dont l’échelle impressionne même vue de l’extérieur, mais qui restent largement fermées et actives — c’est un terrain de photographie urbaine plus que d’exploration. Enfin, les villages disparus de la Šumava constituent la sortie la plus forte émotionnellement : une randonnée d’une journée suffit pour lire, dans les vergers et les fondations, quarante ans de frontière fermée.
Croisez systématiquement les sources. Notre carte urbex vous donne une première vision des lieux documentés en Bohême occidentale. Les cartes militaires historiques tchèques, disponibles en ligne, sont ici particulièrement précieuses : superposées aux cartes actuelles, elles font apparaître les villages rasés de la Šumava, les puits de mine comblés et les anciennes routes militaires. La presse régionale de Plzeň suit chaque projet de reconversion industrielle, ce qui permet de savoir quel bâtiment est encore debout et pour combien de temps. Ajoutez un repérage satellite sur le bassin houiller — les terrils et les carreaux de mine sont très reconnaissables — et échangez avec les explorateurs locaux, sans jamais réclamer de coordonnées.