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Derrière les cyprès et les collines du Chianti, la Toscane cache un patrimoine abandonné exceptionnel : hôpitaux psychiatriques fermés après 1978, colonies de vacances des années 1930 en bord de mer, mines de mercure du Monte Amiata et villas oubliées au bout des allées. Un contraste saisissant à explorer.
La Toscane ne se résume pas aux cyprès et aux villas de carte postale. Derrière les collines du Chianti se cachent d’anciens hôpitaux psychiatriques aux murs gravés, des colonies de vacances monumentales construites sous le fascisme au bord de la mer, des mines de mercure et de pyrite fermées dans les années 1970-1980 et des villas nobiliaires laissées à la végétation. Pour l’exploration urbaine, la région offre un contraste saisissant entre paysage sublime et abandon total.
Trois grands récits expliquent la richesse urbex de la Toscane. Le premier est minier. Les Colline Metallifere, exploitées depuis les Étrusques, ont connu leur apogée industriel aux XIXe et XXe siècles : pyrite à Gavorrano, lignite à Ribolla, fer sur l’île d’Elbe et surtout mercure sur le Monte Amiata, autour d’Abbadia San Salvatore, l’un des plus grands gisements de cinabre du monde. Tout ferme entre 1976 et 1994, laissant chevalements, laveries et villages ouvriers sans emploi.
Le deuxième récit est médical et social. La Toscane a été un haut lieu de la psychiatrie italienne : le vaste hôpital psychiatrique de Volterra, ouvert en 1888, a compté jusqu’à près de 5 000 patients avant sa fermeture progressive après la loi Basaglia de 1978. Ses pavillons ruinés, dont le célèbre mur patiemment gravé par un interné avec la boucle de son gilet, sont devenus un symbole mondial de l’urbex. D’autres établissements de cure, comme les sanatoriums antituberculeux édifiés dans les collines autour de Florence, ont suivi le même destin.
Le troisième récit est celui des colonies balnéaires. Entre 1925 et 1939, le régime fasciste fait construire à Calambrone, près de Tirrenia, un chapelet de colonies pour les enfants des travailleurs : d’immenses complexes rationalistes en bord de mer, aujourd’hui pour partie restaurés, pour partie murés et livrés aux ronces. Ajoutez enfin les anciennes colonies pénitentiaires insulaires, dont celle de Pianosa fermée en 1998, et le tableau est complet.
Chaque grande ville toscane ouvre sur un type d’abandon différent : industriel à Prato, portuaire à Livourne, hospitalier autour de Florence, minier vers Grosseto.
| Ville | Population (approx.) | Intérêt urbex |
|---|---|---|
| Florence | ≈ 365 000 hab. | Sanatoriums des collines, villas abandonnées et bâtiments publics vides |
| Prato | ≈ 195 000 hab. | Le plus grand ensemble de friches textiles d’Italie centrale |
| Livourne | ≈ 155 000 hab. | Friches portuaires, fortifications et colonies balnéaires proches |
| Arezzo | ≈ 96 000 hab. | Ancien hôpital psychiatrique et hameaux dépeuplés du Casentino |
| Pise | ≈ 90 000 hab. | Colonies de Calambrone et anciennes installations militaires |
| Pistoia | ≈ 90 000 hab. | Patrimoine ferroviaire et industriel, montagne pistoiaise dépeuplée |
| Lucques | ≈ 89 000 hab. | Anciennes papeteries de la vallée du Serchio |
| Grosseto | ≈ 82 000 hab. | Porte des Colline Metallifere et des mines de la Maremme |
| Carrare | ≈ 60 000 hab. | Carrières de marbre désaffectées et bâtiments techniques abandonnés |
Pour la charge historique et la puissance photographique, l’ancien hôpital psychiatrique de Volterra reste sans rival en Italie centrale — mais son accès est aujourd’hui partiellement encadré, ce qui en fait un sujet pour explorateurs patients, prêts à passer par une visite organisée plutôt qu’à chercher une brèche. Les colonies de Calambrone offrent l’inverse : très faciles à approcher, en bord de mer, parfaites pour une première sortie photo, à condition de rester sur le domaine public. Les mines du Monte Amiata et de Gavorrano, enfin, s’adressent à ceux qui aiment marcher, lire un paysage industriel et accepter un équipement sérieux : c’est là que l’on trouve les volumes les plus impressionnants.
Notre carte urbex est le moyen le plus direct de situer les lieux abandonnés déjà répertoriés. Ensuite, exploitez le patrimoine documenté : inventaires régionaux d’archéologie industrielle, dossiers de reconversion des anciens hôpitaux, catalogues des colonies balnéaires classées. Les ventes aux enchères immobilières publiques révèlent régulièrement des villas et fattorie vacantes. La presse toscane suit de près chaque projet de réhabilitation, ce qui permet de savoir ce qui est muré, en travaux ou visitable. Enfin, le repérage satellite dans les Colline Metallifere ou la Lunigiana fait apparaître très vite les toitures effondrées et les chevalements isolés au milieu des bois.